"Il fallait un endroit pour nous vivants,
Afin de nous remémorer la brièveté de notre temps..."
Les jours ont passé et l'archange Sariel
Pour une fraternité trop fusionnelle a brûlé ses ailes.
De son piédestal avec grâce il chute en avant,
Sous le poids des interdits qu'il a déjoués trop souvent.
Pris au piège de sa vanité
Il n'a pas vu ses sens s'emballer,
Quand le soir sa moitié venait le trouver,
Réclamant en silence tellement plus que de doux baisers.
Des boucles blondes sur un front pur
Sont le diadème de ce prince aux yeux azur,
Son aura pourtant est ternie et cette auréole dorée
N'est plus qu'un mirage de sa vertu altérée,
Pour ceux dont l'ignorance heureuse
Oublie à quel point les apparences sont trompeuses...
Et le beau Gabriel n'est point une femme ;
Prisonnier d'un amour incestueux
Aux pieds de son frère il vient rendre son âme,
Pour les amants déchus rien de tel qu'une mort à deux.
Le regard masqué par la soie de ses longs cheveux,
Un drap sur ses genoux pudiquement déposé,
Il ne sent pas le froid lui fermer les yeux,
Et ses larmes ne coulent que pour l'être adoré.
Etendu dans une pose lascive, la peau nue,
Gît le corps harmonieux de Raguel l'ingénue.
Dans sa triste condition pour échapper à la mort,
A défaut de son âme elle avait vendu son corps ;
La nuit quand ses pairs goûtaient à la douceur du sommeil,
Elle accueillait entre ses lèvres rehaussées de vermeil
Le désir des hommes qui volaient sa pudeur;
Désormais ne lui reste que la pureté de ses pleurs.
Abusé par les caprices d'un Grand
Le fragile Uriel n'est qu'un enfant,
Pourtant ici aussi vient s'éteindre son étoile,
Son âme vers de plus doux rivages met les voiles ;
Loin des mains adultes qui chaque nuit
L'assassinent petit à petit,
L'arrachant à ses songes
Sans égards pour le tourment qui le ronge.
Il s'élève vers un lieu qui en ses bois enchanteurs
Recueille ces fleurs fanées avant l'heure,
Bourgeons trop vite arrachés
A la tendre vie qu'on leur promettait.
Et bientôt il courra autour des fontaines d'argent,
Contemplant avec émerveillement
Les bateaux qui sur l'onde flottent lentement,
Tandis que sans cesse résonneront des rires insouciants.
"Des larmes coulent pour eux à toute heure,
Des larmes d'amour, des larmes de peur..."
En quête d'un plaisir dépourvu de sens
Qu'elle voulait ressentir en sa chair ; hélas,
Cent fois elle avait sacrifié son innocence,
Pourtant des caresses enflammées toujours elle était lasse.
Ainsi parmi tous les saints venus expirer là,
De son dernier souffle se languit l'archange Remiel,
Attendant impatiente que la mort l' accueille dans ses bras
Pour qu'enfin elle se sente monter au ciel.
Et tandis que le trépas vient effleurer sa peau,
Puis pénètre en elle jusqu'aux veines,
Son ultime soupir sera le plus beau ;
Avec lui s'envole à jamais son esprit en peine.
"Et mes rêves sont depuis bien longtemps enterrés,
Mes espoirs envolés, mon chagrin exhumé..."
Leurs blanches ailes souillées par la crasse,
Leurs grands yeux mangés par les vers,
En ce lieu pourrissent des anges en disgrâce,
Enfin ramenés au pardon de la terre.
"Alors Seigneur pourquoi, leur innocence étiolée,
Les anges tombent-ils toujours en premier ?"
[L'image ne m'appartient pas. Mais elle est superbe.
Le poème en revanche est de moi, je serais curieuse de savoir quelle signification vous y donneriez.]
[♪] Nightwish - 'Angels Fall First'.